Quel avenir pour le traitement des grands brulés à Lyon?

Intervention de Christophe Geourjon au nom des élus UDI, Conseil municipal de Lyon

Monsieur le Maire, mes chers collègues,

A l’occasion de cette délibération, d’acquisition auprès des HCL d’une parcelle de 50m2, je souhaite évoquer de nouveau la situation du centre des grands brûlés Pierre Colson.

Mais tout d’abord, les élus UDI et apparentés souhaitaient vous féliciter, Monsieur le Maire, pour votre élection à la Présidence du Conseil de Surveillance des Hospices Civils de Lyon, le vendredi 13 octobre dernier. Votre légitimité, en tant qu’ancien chirurgien ayant fait ces armes dans cette institution lyonnaise, est indéniable. Nous souhaitons qu’elle contribue à remettre le patient au cœur de la stratégie des HCL.

Lors du conseil municipal du 18 juillet dernier j’avais attiré votre attention sur les grandes difficultés de mise en route du centre Pierre Colson implanté à HEH. Ce centre est le résultat du regroupement des centres des brûlés des hôpitaux St Joseph-St Luc et Edouard Herriot au sein d’un Groupement de Coopération Sanitaire (GCS). Dans une telle organisation chaque hôpital met à disposition du centre son personnel.

Lyon est une place-forte en matière de soin des victimes de brûlures. Il est bon de rappeler que le premier centre de traitement des brûlés d’Europe, a été créé en 1952 dans le 7ème arrondissement, au sein du centre hospitalier St Luc, centre devenu quelques années plus tard centre collaborateur de l’OMS (département VIP : Violence and Injury Prevention). Plus récemment le centre des brûlés de St Joseph-St Luc a continué à innover en développant un outil de télémédecine permettant d’améliorer le service public en réduisant les prises en charges hors filière, c’est à dire en offrant aux professionnels de santé de l’interrégion sud est la possibilité de recourir à l’expertise d’un spécialiste de la brulure, 365 jours par an et 24h/24. De plus, le centre de brulés St Joseph-St Luc a développé une application pour smartphone (« E-burn » disponible en anglais et en français sous android et IOS) permettant une évaluation précise de la surface brulée, tant chez l’enfant que chez l’adulte, la détermination exacte de la surface brulée est indispensable à la prise en charge (elle aide à conduire la réanimation initiale) et précise les indications d’hospitalisation. En parallèle, le CTB de Saint Joseph-Saint Luc a joué un rôle central dans un projet de recherche multicentrique Européen, PhagoBurn (2013-2017) dont l’objectif est d’évaluer l’intérêt thérapeutique des bactériophages pour la prise en charge des infections de brulures. J’ai à plusieurs reprises rencontré les équipes du centre de Saint Joseph – Saint Luc qui font, ou plutôt faisaient, un travail remarquable.

Revenons au centre Pierre Colson, son activité a officiellement démarrée le 15 mai dernier avec l’admission des patients qui étaient jusqu’alors soignés au sein du service des brulés de l’Hôpital St Joseph-St Luc. Dans le même temps le personnel hospitalier de St Joseph–St Luc a pris ses fonctions au sein de cette nouvelle structure. Au total ce sont donc une équipe d’anesthésistes-réanimateur, une équipe chirurgicale et une trentaine d’infirmières et d’aides-soignantes qui sont arrivés à HEH pour contribuer avec leurs collègues des HCL à bâtir ce nouveau centre des grands brulés, dont le recrutement (750 brulés hospitalisés par an, enfants et adultes) le placerait dans le peloton de tête des centres de brulés européens.

6 mois après le démarrage de ce centre, force est de constater que ce regroupement est un échec.

1. Un échec vis à vis des patients, du fait notamment de problème de moyens, d’organisation et de locaux (organisation pavillonnaire, service dispersé sur 4 unités et 2 étages conduisant à un travail posté et des déplacements chronophages). Je suis à votre disposition, Monsieur le Maire, Monsieur le président des HCL, pour évoquer en privé ces points plus en détails.

2. C’est un échec également au niveau du personnel puisque la quasi totalité du personnel issu de St Joseph-St Luc a demandé sa réintégration dans les services de St Joseph-St Luc. C’est le cas des infirmières et aides soignantes, pour beaucoup après des arrêts maladies pour cause de souffrance psychologique au travail, c’est aussi le cas pour la totalité de l’équipe chirurgicale et la moitié de l’équipe d’anesthésistes réanimateurs.

3. C’est un échec financier enfin puisque le service des brulés de St Joseph-St Luc contribuait positivement au budget de l’hôpital (856 k€ en 2016) alors que le centre Pierre Colson est semble-t-il déficitaire bien que moins doté en personnel médical. A l’inverse, la disparition du centre des brulés va pénaliser de manière importante l’équilibre financier du centre hospitalier St Joseph-St Luc.

La direction des HCL, lors d’une récente réunion, a reconnu officiellement l’échec de ce projet faisant du Groupement de Coopération Scientifique une coquille vide!

Quel gâchis! Un gâchis qui aboutit aussi à la perte partielle d’une expertise reconnue dans le soin aux grands brulés. En effet, l’ARS ayant décidé le regroupement du service préexistant dans le centre Pierre Colson, le personnel St Joseph-St Luc qui réintègre son hôpital d’origine est dispersé dans différents services sans liens avec leur expérience, ni plus aucun moyen de valoriser cette expertise. Les équipes chirurgicales du CH St Joseph-St Luc sont notoirement reconnues pour leur expertise dans la réparation des séquelles de brulures. Or le recrutement des séquelles est désormais interrompu puisque le CTB Pierre Colson – situé au sein des HCL et seul détenteur de l’autorisation à traiter les grands brulés – ne va « alimenter » que le seul service de chirurgie réparatrice des HCL. Cette situation fait craindre une perte de compétence de l’équipe de St Joseph-St Luc, dégradation du service public et finalement une perte de chances pour les patients.

L’idée de la création du centre Pierre Colson était pourtant une bonne idée, elle était même soutenue à l’origine par l’ensemble du personnel et notamment par les professionnels du CH St Joseph-St Luc ! Mais dans une fusion l’objectif doit être de retenir le meilleur des pratiques de chaque entité d’origine, de construire un nouveau projet commun.

Les HCL ont actuellement un autre dossier délicat. Il s’agit du regroupement des activités de greffes hépatiques. Après une première tentative, il y a 10 ans, de regroupement partiel de l’activité à l’Hôpital de la Croix-Rousse, il semblerait aujourd’hui que l’objectif soit un regroupement, en théorie total, au sein de l’Hôpital Edouard Herriot. Ce futur déménagement a même été donné comme justification à l’impossibilité de relocaliser à HEH le service de chirurgie réparatrice, spécialité indispensable pour soigner les grands brulés. Il n’était pas possible d’enlever 2 services de l’hôpital de la Croix-Rousse.

Monsieur le Maire, les élus UDI sont convaincus que nous ne devons pas rester figé dans des organisations préexistantes, nous pensons que nos structures, nos organisations doivent être gérées d’une manière plus dynamique afin qu’elles s’adaptent aux besoins et aux évolutions.

Atteindre une taille critique permet des économies d’échelle, permet également des investissements plus lourds mais cela peut aussi aboutir à de l’inertie, de l’entropie, des problèmes de communication qui sont sources d’échec. Pour nous élus UDI, le succès de la mutualisation passe par la déconcentration.

Passer d’une organisation pyramidale à une organisation en réseau est probablement un des défis majeur qu’ont a relever les HCL. Il nous paraît indispensable que chaque hôpital bâtisse avec l’ensemble du personnel un projet stratégique de développement, et que la direction de ce site ait suffisamment d’autonomie et de légitimité au sein des HCL pour le mettre en œuvre.

Je vous remercie.

Restons en contact !

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